L'Absent mais implicite, une carte pour soutenir l'entretien

(la reproduction et l'utilisation de cet article sont soumises à l'autorisation des auteures)

Article par Maggie CAREY, B.A.
Sarah WALTHER, M.A.
Shona RUSSELL, M.Sc.


Cet article décrit les développements récents de l’utilisation de « l’absent mais implicite » dans les pratiques narratives. Michael White s’est servi de l’expression « absent mais implicite » pour faire comprendre que dans la manière d’exprimer toute expérience nous opérons une distinction entre l’expérience exprimée et d’autres expériences auxquelles nous avons déjà donné du sens. Ces expériences servent de toile de fond qui fait contraste et « façonne » l’expression mise au premier plan. Dans les conversations thérapeutiques, nous pouvons utiliser le concept d’« absent mais implicite » afin d’interroger les histoires de soi qui sont au-delà de l’histoire du problème. Pour apprécier cette pratique particulière, nous examinerons en premier lieu comment les pratiques narratives aident à l’exploration des récits de vie situés « à l’extérieur » de l’histoire du problème. Ensuite, nous décrirons de manière plus spécifique comment le concept et la pratique de l’« absent mais implicite » offrent d’autres possibilités de mettre en avant ces territoires de vie souvent négligés. Cette description inclura la présentation d’une carte de l’« absent mais implicite » en pratiques narratives, qui reflète la manière dont les auteurs partagent leur compréhension des découvertes et des enseignements les plus récents de Michael White.

« Il n’est pas possible de parler de quoi que ce soit sans dessiner ce que ce n’est pas. Toute expression de la vie est en relation avec quelque chose d’autre » (Michael White faisant référence aux travaux de Jacques Derrida). (1)

Au fil des années, Michael White a présenté nombre de « re-visions » passionnantes et stimulantes de la démarche narrative qu’il avait développée avec David Epston (White & Epston, 1990, 1992). Les lectures assidues de Michael White, son exploration perpétuelle des idées, ses réflexions hors du champ de la psychothérapie, ont constamment renouvelé les perspectives de la pratique et les manières de décrire le processus d’une conversation thérapeutique utilisant les pratiques narratives (Morgan, 2000; White, 1995, 1997, 2001). Au fur et à mesure qu’était décrit chaque lien avec d’autres corpus de réflexion, il offrait des opportunités supplémentaires aux praticiens dans leur travail thérapeutique avec des individus, des familles, des groupes et des communautés. Un grand nombre de collègues en Australie et au plan international ont encouragé et soutenu Michael White dans son intérêt sur le long terme pour la philosophie critique française, l’anthropologie sociale, les études féministes et les champs reliés. Au fil des décennies, le partage des travaux et les débats scientifiques ont apporté d’importantes contributions au fur et à mesure que Michael White développait les pratiques narratives.

Dans cet article nous explorerons les récents développements d’un seul des aspects des pratiques narratives : « l’absent mais implicite ». Nous utilisons cette notion comme point d’entrée pour examiner des histoires du soi qui sont une alternative à l’histoire du problème que les gens apportent dans les conversations thérapeutiques. Identification et développement.

HISTOIRES PRÉFÉRÉES
Au cours des années 1980, Michael White a proposé une pratique thérapeutique qui examinait les histoires alternatives ; c’est-à-dire des récits de vie qui étaient « autres » que l’histoire du problème (White, 1989). À partir du début des années 1990, Michael White a commencé à mettre l’accent sur « l’intentionnalité » et « la compréhension des états intentionnels », et les histoires alternatives ont été reconnues comme des histoires préférées (White, 1991, 1995, 2001). Ce changement reflète la manière dont les histoires de vie et les histoires de soi, recherchées comme des alternatives à l’histoire du problème, ne sont pas considérées comme de simples alternatives passées, mais comme des histoires qui présentent les intentions que les gens ont pour leur vie. Ces histoires préférées « collent » avec ce que les gens veulent faire de leur vie et avec ce qui compte pour eux. Le terme préféré traduit l’idée que nous faisons un choix pour chercher quelque chose d’autre que le problème et que les gens ont des préférences sur la manière dont ils souhaitent vivre leur vie.

Au début des années 2000, Michael White a appliqué la métaphore de « l’échafaudage » à l’exploration des histoires préférées. Ces compréhensions nouvelles étaient issues du travail de Lev Vygotski, un théoricien russe de l’apprentissage du début du 20e siècle (Vygotski, 1986). Ses idées ont été développées et diffusées plus largement grâce au travail de Jerome Bruner (Bruner, 1978, 1990). Ces travaux ont permis de réfléchir sur la manière d’utiliser des questions thérapeutiques pour construire des marches afin que les gens « apprennent » sur eux des choses, inconnues auparavant, dans les territoires encore inexplorés de leurs histoires préférées. Des questions en échafaudage soigneusement réfléchies peuvent aider les gens à aller du « connu et familier » de l’expérience du problème vers le « pas encore connu, mais potentiellement connaissable » du territoire des histoires préférées.

Les idées de Vygotski sur la manière dont nous pouvons arriver à découvrir ces histoires de nous-mêmes, ont également invité à une réflexion sur la manière dont le développement conceptuel soutient le sentiment de l’initiative personnelle (White, 2007 p. 226). Dans son expression la plus simple, c’est la compréhension que si nous n’avons pas eu la chance de développer des idées sur « qui nous sommes » et « qu’est-ce qui nous préoccupe » nous n’aurons pas le sentiment d’être capables de diriger notre vie ou d’avoir une influence sur elle : orienter notre vie dans des directions qui marchent pour nous et qui collent avec ce qui nous importe dans la vie.

Le premier point de focale des pratiques narratives se rapporte à la manière dont les gens comprennent leur vécu et comment cette compréhension peut les amener au sentiment d’initiative personnelle pour répondre aux situations problématiques qu’ils rencontrent.


REVUE DES IDÉES SUR L’ABSENT MAIS IMPLICITE
À la fin des années 1990, Michael White a commencé à présenter des idées en liaison avec ses lectures de Jacques Derrida (Derrida, 1978 ; Freedman & Combs, 2008 ; White, 2001) incluant la première formulation de la pratique décrite comme l’ « absent mais implicite » (White, 2000). La notion d’« absent mais implicite » est issue des idées de Derrida sur la manière dont nous donnons un sens aux choses, comment nous lisons des textes et comment les significations que nous en tirons dépendent des distinctions que nous faisons entre ce qui nous est présenté (sens privilégié) et ce qui est « laissé de côté » (sens opprimé/subjugué).

Michael White s'est inspiré de ces idées et il a proposé que nous avons besoin, pour donner du sens à certaines expériences, de les distinguer d’autres qui signifient déjà quelque chose pour nous et qui ont été d’une certaine façon déjà décrites ou catégorisées. Autrement dit, nous ne pouvons donner du sens aux choses qu’en les mettant en contraste avec ce qu’elles ne sont pas : nous pouvons distinguer l’isolement seulement si nous avons déjà un sens de la relation ; et nous pouvons distinguer le désespoir seulement si nous connaissons déjà l’espoir. Ces distinctions reposent sur ce qui est « absent mais implicite », à savoir les « autres » expériences en contraste avec lesquelles la distinction est faite. L’ « absent mais implicite » ne se trouve pas dans la description ou l’expression initiale, mais est impliquée dedans.

Ces compréhensions, appliquées à la pratique thérapeutique, offrent une gamme de possibilités pour identifier et explorer les histoires préférées qui sont des alternatives à l’histoire du problème. En relation avec les récits de vie que les personnes qui viennent chercher un soutien psychologique présentent souvent, l’« absent mais implicite » est l’arrière-plan flou en contraste avec lequel se différencie l’expérience de détresse exprimée ; une toile de fond qui distingue et éclaire ce qui est en évidence. Si nous acceptons la proposition selon laquelle les gens ne peuvent donner un récit particulier de leur vie qu’en établissant des distinctions avec ce que leur expérience n’est pas, alors nous pouvons accorder nos oreilles pour entendre non seulement ce qu’est le problème, mais entendre aussi ce qui est « absent mais implicite » quand ils décrivent ce que le problème n’est pas.

À travers la pratique de déconstruction de textes, Derrida a développé des manières d’inverser l’« opposition binaire » présente dans l’écrit, afin de rendre visibles les sens marginalisés qui ont toujours été inscrits dans les textes. Dans des conversations thérapeutiques nous pouvons faire la même chose, en nous rendant compte que chaque expression qu’une personne donne de ses expériences est liée à d’autres expériences qui ne sont ni dites, ni évidentes mais présentes et sous-entendues. Alors que nous écoutons l’histoire du problème, nous pouvons nous demander : quelles sont les significations opprimées sur lesquelles s’appuie l’histoire du problème pour s’exprimer ? Comment se relient-elles avec des histoires préférées et comment pouvons-nous les faire avancer ? Ces pratiques d’écoute qui ouvrent de larges perspectives d’exploration sont appelées « double écoute » (White, 2003, p. 30).

Dans les conversations thérapeutiques, ceci signifie que si une personne exprime une douleur émotionnelle comme résultat d’une expérience traumatisante, alors nous pourrions demander : "Que dit cette douleur sur les croyances importantes dans la vie et qui ont été réprimées ou bafouées ? De quoi ces larmes pourraient-elles témoigner de ce qui est considéré comme précieux pour vous ? Quelles sont les compréhensions importantes du monde qui ont été insultées, avilies, transgressées ou piétinées ?" Un tel questionnement, sur ce qui se situe à l’arrière-plan de l’expérience de cette personne qui va donner du sens à la détresse exprimée au premier plan, offre un point d’entrée pour des histoires ou préférées ou réprimées. À partir de là, nous pouvons continuer à développer une riche histoire des valeurs, des espoirs et des engagements qui ont été transgressés (White, 2003, p. 39).

Par exemple, si une réponse au questionnement ci-dessus est « La confiance. J’ai l’impression qu’il m’a volé ma capacité à faire confiance. » Nous pourrions alors demander à la personne de nous en dire un peu plus sur l’importance de la confiance pour elle. Est-ce que la confiance a toujours été quelque chose qu’elle considérait comme chargée de sens ou importante ? Nous pourrions lui poser des questions sur l’histoire de son appréciation de la confiance. Qui d’autre dans sa vie pourrait connaître les manières dont elle s’y prend pour tenir la confiance en si haute estime ? Qu’est-ce qui aurait dit aux autres que la confiance lui était si chère ? Ainsi une histoire de soi plus complète ou plus riche est insérée dans le scénario, elle fait ressortir les compétences et les savoirs utilisés pour réagir aux aléas de la vie.

En réagissant ainsi aux gens qui ont vécu d’importants traumatismes, Michael White a commencé à faire référence à des histoires préférées comme histoires « réprimées » ou « deuxièmes histoires » et à conceptualiser ces histoires réprimées comme des histoires de soi éclipsées par les expériences traumatisantes (White, 2005).


DÉVELOPPEMENTS RÉCENTS DE L’ABSENT MAIS IMPLICITE
De 2006 à 2008, Michael White a de nouveau porté son attention sur l’« absent mais implicite ». Bien qu’il n’ait pas eu l’opportunité de publier ses idées les plus récentes sur cette pratique, il a partagé ses réflexions dans des groupes de travail (2) et au cours de discussions avec des collègues. À partir des idées de Michel Foucault, il a redonné de l’importance à l’influence du pouvoir moderne dans la constitution du soi et à cette clé de compréhension qu’à chaque lieu de pouvoir correspond un espace de protestation et de résistance. Les gens ne restent jamais de simples récepteurs passifs de ce que la vie leur envoie, il existe toujours un point de résistance (Foucault, 1980).

Michael White a aussi travaillé à identifier comment l’acte même de donner une formulation aux combats de la vie est un exemple de mise en action, de réaction, d’une certaine manière. Nous pouvons non seulement inviter les gens à considérer que la formulation du problème implique un territoire de vie et une identité préférés, mais aussi comprendre que les gens ont déjà entamé des actions en accord avec leur histoire préférée par l’acte même de formuler leur problème. En exprimant ce qui dans la vie leur pose problème ou leur est pénible, les gens font autre chose que de continuer à subir le problème. Ainsi, des expressions de détresse, de douleur, de préoccupation, de bouleversement ou les plaintes que les gens feraient de leur expérience du problème, deviennent des actions menées à l’encontre du problème et ces actions s’appuient sur des histoires préférées de vie et d’identité.

En s’inspirant des travaux d’un autre philosophe français, Gilles Deleuze, Michael White a fait la proposition suivante : si la « différence » est le point de comparaison de l’expérience, alors nos oreilles peuvent être attirées vers la constante présence d’histoires qui sont différentes de celles de l’histoire du problème. Tout ce qui n’est pas l’histoire du problème devient un espace potentiel d’émergence de significations nouvelles qui peuvent être attribuées à des buts plus utiles et plus favorables à l’initiative personnelle.

Au cours de nos lectures personnelles, nous avons été intéressées par la distinction que Deleuze fait entre les « concepts ordinaires », qui réduisent la différence, et les « concepts philosophiques », qui élargissent la différence et ouvrent de nouvelles possibilités. Cela a soutenu plus avant ce que nous avons compris de la pratique de l’« absent mais implicite » et à ses implications pour mener avec prudence/soin des conversations thérapeutiques en échafaudage, qui aident à explorer les possibles dans la vie des gens (Colebrook, 2002a, 2002b, 2006).


UNE CARTE QUI ÉCHAFAUDE L’ABSENT MAIS IMPLICITE
Michael White avait commencé à explorer les manières de poser des questions en échafaudage sur l’« absent mais implicite » en mettant au point une nouvelle « carte ». La métaphore de la carte reflète l’idée que des conversations thérapeutiques sont comme des chemins vers des territoires inconnus jusqu’alors, et Michael White l’a appliquée à de nombreux aspects des pratiques narratives (White, 2007 pp. 3-7). La carte en huit parties qui va suivre décrit des directions possibles que nous pouvons explorer à la recherche de ce qui est « absent mais implicite » dans ce que les gens disent. Nous incluons un exemple pratique tiré de conversations thérapeutiques conduites par l’une des auteures, Maggie Carey.

L’expression
Le point de départ de cette carte consiste à faire s’exprimer les gens de manière détaillée sur ce qui pose problème ou est pénible dans la vie. Ces expressions peuvent être au départ entendues comme des inquiétudes, des lamentations, des plaintes, des frustrations, des expressions de déception, de détresse, de perplexité, de confusion, etc. Dans cette partie de la carte, le thérapeute pose des questions pour mettre à jour une description complète de ce qui pose problème et il commence à recueillir un compte-rendu des effets de celui-ci sur la vie de la personne. Le thérapeute invite la personne à faire part de ses compréhensions de la vie ainsi que toute autre précision, ce qui aide le praticien à se familiariser avec ce à quoi ces compréhensions sont reliées.

Michelle a 21 ans et a été envoyée au centre local de soins, pour une assistance psychologique dans le cadre d’un programme destiné aux jeunes mamans. Bien que réticente à parler à une inconnue, Michelle était consentante pour progresser avec Anne, une des travailleuses sociales du programme. Michelle a vécu enfant des actes de violence de la part de sa mère et a finalement été placée dans une famille d’accueil, chez des agriculteurs. Malheureusement, cette famille n’a pas réagi de manière efficace avec Michelle, qui est devenue extrêmement renfermée, adoptant une attitude quasi muette vis-à-vis du monde qui était autour d’elle. Michelle a pris aussi un certain nombre de mauvaises habitudes qui lui ont rendu les choses difficiles à la fois à l’école et à la maison, comme de faire pipi au lit et de se gratter les bras parfois jusqu’au sang.

Sa famille d’accueil a tenté de faire honte à Michelle, pour qu’elle quitte ses habitudes, et s’est lancée dans une croisade de cris pour lutter contre l’introversion de Michelle. Celle-ci accueillait toutes ces tentatives par le silence. L’école semblait ne plus rien attendre d’elle et la plupart du temps on l'ignorait, ce qui la laissait à la merci des tyrannies ordinaires de la cour de récréation. Les seules oasis de réconfort venaient du contact qu’elle avait avec les animaux de la ferme et avec certains des travailleurs saisonniers. Quelques années plus tard, quand Michelle eut 9 ou 10 ans, la famille a conclu que cela « ne marchait pas » et elle fut déplacée dans une autre famille, en ville.

Un enseignant de l’école primaire locale a réagi différemment à ses mauvaises habitudes et avec le temps a réussi à faire en sorte que Michelle prenne part à quelques activités de la classe.

À partir de là, la situation s’est lentement améliorée. Michelle a quitté l’école et elle est allée travailler au supermarché local où elle a rencontré Dave, avec qui elle s’est mariée rapidement. Au moment de l’entretien, la fille de Dave et de Michelle, Kimberly, venait juste d’entrer au jardin d’enfants. À travers la conversation avec Anne, l’histoire de ce qui causait la détresse actuelle de Michelle a progressé.

À mesure que Kimberly grandissait et se développait, Michelle avait de plus en plus l’impression de se sentir « gelée » dans son rôle de parent et c’était relié à la peur qu’elle avait de faire quelque chose qui cause un « dommage » à sa fille. Cette peur a contribué à l’impression d’être impuissante à changer le passé, et au sentiment que quelque chose en elle était endommagé, ce qui rendait presque inévitable qu’elle « bousille » la vie de Kimberly. Lorsqu’elle a été confrontée à son devoir de mère pour sa fille de 4 ans, Michelle a sans cesse ressenti l’impression de « ne pas savoir quoi faire » et elle en est venue à appeler cela une « peur immobilisante ». L’histoire d’elle-même comme « endommagée », qu’elle avait intériorisée, avait rendu Michelle passive face à la vie ; ayant toujours l’impression qu’elle était « fichue » et incapable d’influencer le cours des événements.

En entendant de telles expressions initiales, le thérapeute peut, grâce à la notion d’« absent mais implicite », écouter ces descriptions non comme un récit de vie à un seul niveau et une seule voix, mais comme des expressions pour discerner ce qui se situe au-delà de l’histoire du problème. Ceci aide à identifier des points d’entrée en vue d’un autre récit d’identité : un récit qui transmet le sentiment que les gens peuvent faire quelque chose vis-à-vis du problème particulier qui les tourmente ; et cela ouvre aussi la possibilité de développer un sentiment plus général d’initiative personnelle dans leur vie.

À partir des descriptions suscitées dans cette partie de la carte, la thérapeute peut inviter Michelle à examiner comment elle aurait pu être active en réagissant à ce qui s’est passé dans sa vie, plutôt que d’avoir été le destinataire passif de ce que la vie lui a distribué. Afin d’étayer cette observation, il nous faut néanmoins établir d’abord ce que Michelle combat dans le contexte de sa vie, de sorte qu’elle puisse voir quelque chose contre lequel elle aurait pu résister ou protester.

À quoi est reliée la plainte ou l’expression
La deuxième étape de l’échafaudage de cette progression vers une histoire d’initiative personnelle consiste à recueillir une description détaillée de ce avec quoi la préoccupation ou la plainte ou la détresse est reliée. Il est important de passer du temps à faire parler le contexte où la préoccupation est née, de manière à développer un récit « externalisé » avec lequel l’expression est reliée. C’est un récit qui crée de la distance entre la personne et le problème, ainsi la personne a l’opportunité de « voir » les idées ou les croyances sur lesquelles le problème s’appuie, leur position dans le contexte social, politique et relationnel de leur vie, comment ils agissent pour rétrécir leur vie (Freedman & Combs, 1996; Russell & Carey, 2004; White, 2007).

Cette prise en considération met notre vigilance en alerte sur les forces qui pourraient réprimer ou marginaliser le sentiment d’identité de la personne ; telles que des vécus d’injustices ou les attentes, jugements ou exigences que d’autres ont à notre égard.

Nous pouvons « flâner » en explorant les conséquences de ce vécu afin d’acquérir une compréhension claire de ce à quoi les gens réagissent.
- Quelles sont ces attentes qui essaient de vous persuader de votre valeur en tant que personne ?
- Comment est-ce qu’elles s’y prennent pour essayer de faire cela ?
- Quelles tactiques utilisent-elles pour que vous acceptiez leur évaluation ?

Quand la thérapeute a posé des questions sur ce à quoi Michelle avait réagi en parlant de la « Peur immobilisante », elle a parlé de la présence d’une « Voix tyrannique de jugement ». C’était un jugement sur sa valeur en tant que mère et un jugement sur son droit à vivre son amour pour sa fille. Cette voix avait décrété qu’elle ne serait jamais capable d’être une bonne mère et l’avait convaincue qu’elle ferait à sa fille ce qu’on lui avait fait. Michelle était bouleversée par l’effet que cela produisait sur son sentiment de mère. Elle ressentait que la façon dont cela lui volait la joie de dorloter Kimberly était cruelle et injuste.

A mesure que les contextes plus larges dans lesquels s’inscrit leur problème deviennent plus visibles, les gens se trouvent encouragés à découvrir qu’ils mènent des actions en relation avec ce qui se passe.

Nommer la réaction ou l’action
Le concept de l’« absent mais implicite » nous aide à considérer les expressions de détresse comme des actions. Les gens ne se contentent pas de donner une re-narration passive de ce qui pose problème, c’est plutôt le fait même d’exprimer le problème qui peut être envisagé comme une réaction. Si le fait de s’exprimer n’était pas une forme de résistance, de protestation, de question, alors cela n’aurait pas été soulevé comme un problème. La personne continuerait tout simplement d’accepter ce qui arrive et n’attirerait pas notre attention dessus. La troisième partie de cette carte met en échafaudage une exploration du type d’action qui a été mené. Qu’est-ce que les gens font en réaction à ce qui leur est pénible dans la vie ?

Pour obtenir que ce soit nommé, on pourrait poser un certain nombre de ces questions :
- Qu’est-ce que vous refusez d’accepter en évoquant cette inquiétude ou en exprimant votre détresse ?
- Qu’arrive-t-il ici que vous ne voulez pas laisser passer sans le relever ?
- Il semble que vous n’acceptiez pas cette situation. Si vous ne l’acceptez pas, alors comment y réagissez-vous ?
- Je comprends que vous n’acceptez pas ces attentes. Comment les mettez-vous en doute ?
- Comment réagissez-vous à ce malentendu ?
- Quelles sont vos relations avec cette dévalorisation ? Est-ce que vous l’acceptez ? Ou bien est-ce que vous vous posez des questions à son sujet ? Qu’est-ce que cela dit de la manière dont vous réagissez à cette dévalorisation ?

On pourrait entendre de nombreuses réactions possibles à cette série de questions :
- s’accrocher à quelque chose de précieux,
- défendre ses intérêts,
- se réapproprier ce à quoi on donne de la valeur,
- conserver ses croyances sur la vie,
- remettre en question ce qui s’est passé,
- protester contre ce qu’on leur a fait, à eux ou aux autres,
- refuser d’accepter ce qu’ils ont subi.

Le récit de Michelle sur ce qui lui était pénible, dans ce contexte de détresse, a été externalisé sous le nom de la « Voix de jugement tyrannique ». À partir de là, il a été possible de mettre en échafaudage l’expression de sa détresse comme une action en réponse aux « Peurs immobilisantes ».

La thérapeute a invité Michelle à donner un nom au type d’action qui s’était manifesté dans l’expression de sa souffrance à propos de la Voix de jugement. Michelle a également été invitée à examiner comment elle avait réagi aux Peurs immobilisantes : « En mettant d’autres personnes au courant des Peurs, est-ce que vous êtes d’accord avec ce que veut la Voix ou prenez-vous un chemin différent ? Si vous n’acceptez pas ce qui se passe, alors qu’est-ce que vous êtes en train de faire ? Quel genre d’action êtes-vous en train d’entreprendre en lien avec la Voix de jugement tyrannique ? »

Michelle a décidé que sans doute elle avait dû faire une sorte de protestation, car si elle n’avait pas été en train de se défendre, alors elle n’aurait pas pris la décision de contacter le programme pour les jeunes mamans. Elle s’est souvenu que le jour où elle avait contacté Anne pour la première fois, elle en était arrivée au point de dire « J’en ai eu assez de ça ». Quand on lui a demandé quelle sorte de protestation c’était, Michelle a répondu que c’était « une protestation calme mais ferme ». En y réfléchissant plus tard dans la conversation, Michelle a déclaré que ce moment avait été « comme une ampoule allumée » où elle avait entraperçu comment la Voix de jugement et les Peurs l’avaient repoussée dans l’ombre, mais que maintenant elle se voyait sortir de l’obscurité et entrer dans la lumière.

Compétences et savoir-faire exprimés dans l’action
Une fois que l’expression de détresse a reçu le nom d’action, nous pouvons développer une description des compétences ou savoir-faire impliqués pour mener cette action :

- Comment vous a-t-il été possible de mener cette action ?
- Qu’est-ce que cette action que vous menez reflète de ce que vous connaissez de la vie ?
(a) Est-ce que vous vous souvenez quand cette compréhension est devenue claire pour vous ?
(b) Quand est-ce que c’était ? Qu’est-ce qui à ce moment-là a rendu possible que vous développiez ce genre de lucidité ?
- De quelles compétences de vie vous servez-vous ici ?

En découvrant et en donnant un nom à sa protestation contre la Voix de jugement, Michelle avait fait des pas hésitants vers un nouveau territoire de sa vie. Cette nouvelle histoire de soi pouvait alors commencer à être décrite plus richement, en utilisant une série de questions qui ancrait cette histoire d’elle-même dans les habitudes et les actes de sa vie. Nous pouvons alors poser des questions sur les compétences et le « savoir-faire » qui ont été utilisés pour faire la protestation.

« Comment vous est-il possible de mener cette action ? Comment vous est-il possible de mettre en doute ou de refuser la tyrannie de la Voix de jugement, et de donner un nom aux Peurs ? Qu’est-ce qui vous donne la capacité de faire cette ‘protestation calme mais ferme’ ? »

Ces investigations sont le « b.a. ba » de ce que la personne fait en réponse aux situations de la vie et toutes ces actions exigent certaines compétences de vie. Pour faire cette protestation, Michelle a dû s’appuyer sur une histoire, une expérience ou une connaissance de la protestation. En réponse à ces questions, Michelle a commencé à parler de sa compétence à « remarquer quand les choses ne sont pas justes » bien que ce soit surtout quelque chose qui se produisait dans sa tête. Elle savait qu’elle avait la solide conviction que les gens devraient être traités avec dignité, attention et respect. Elle savait aussi qu’elle remarquerait quand quelqu’un agirait à l’encontre de cela. La conversation a aidé Michelle à identifier les compétences impliquées dans le fait de « remarquer » et les mesures qu’elle avait prises lorsque « les choses n’étaient pas justes ».

Michelle et Anne ont aussi parlé des mesures que Michelle avait prises pour se joindre au programme des jeunes mamans, et nous les avons travaillées comme des compétences et des « savoir-faire » additionnels que Michelle avait pour répondre à des situations difficiles.

Intentions et buts
Le développement de ces récits sur des compétences et des savoir-faire invite à poser des questions sur les intentions et les buts de la personne lorsqu’elle a entrepris les actions qu’elle a réalisées.

- Quels sont / ont été vos espoirs en menant ces actions ?
- Qu’est-ce que cela reflète de ce que vous projetez pour votre vie ?
- Quand vous pensez au fait de ne pas accepter ce qui se passait, quelles idées aviez-vous pour votre vie ?

Les actions sont toujours des expressions signifiantes et Michelle a été invitée à réfléchir sur les intentions qui pourraient servir de base aux compétences et savoir-faire impliqués dans sa protestation contre la Voix de jugement. « Qu’est-ce que cette protestation dit sur ce que vous voulez dans la vie ou sur ce que vous projetez pour votre vie ? Quand vous pensez à ne pas vous ranger du côté de la tyrannie de la Voix de jugement et des Peurs immobilisantes, quel but cela pourrait-il servir ? »

À partir de là, la conversation s’est vite dirigée vers ce que Michelle espérait pour sa relation avec sa fille. Elle était au clair sur son souhait de ne plus laisser la Voix de jugement ou les Peurs la dissuader de satisfaire ses désirs de donner à Kimberly une vie différente de celle qu’elle avait vécue. La conversation a dévoilé de nombreux exemples où Michelle avait mis ces espoirs et ces intentions en pratique, et ces exemples ont pu désormais être reliés à une histoire émergente où Michelle était une bonne mère.

Quelle valeur est donnée à l’« absent mais implicite »
Après avoir exploré les intentions, les buts et les espoirs que les gens ont pour leur vie, la conversation peut avancer pour identifier en quoi ces buts reflètent ce qui est tenu pour précieux, ou ce à quoi la personne donne de la valeur (White, 2007, p. 103). C’est dans cette partie de la carte que ce qui était « absent mais implicite », dans l’expression initiale de la détresse, devient visible et reçoit un nom, en ce qui concerne la manière dont cette détresse pourrait être liée à une séparation ou une violation de quelque chose d’important ou de précieux.

- Qu’est-ce que cela dit de ce qui est important pour vous ?
- À quoi donnez-vous de la valeur ?
- Qu’est-ce cela dit de ce qui est fondamental pour vous, ou ce que vous tenez pour précieux dans ce que vous projetez pour votre vie ?

Les questions sur ce que Michelle mettait en valeur concernant ce qu’elle voulait pour Kimberly et leur relation ont créé un échafaudage afin que Michelle réfléchisse sur ce qui lui était le plus précieux en tant que mère. « Ces intentions que vous avez vis-à-vis de Kimberly, afin qu’elle ait une vie différente de celle que vous avez eue, que traduisent-elles de ce à quoi vous donnez de la valeur dans la vie ? Qu’est-ce que ces intentions disent de ce qui est important pour vous ? Qu’est-ce que cela dit sur ce à quoi vous tenez dans la vie, et en quoi vivre consiste pour vous ? »

Michelle a dit combien il était important pour elle que Kimberly puisse avoir accès au respect et à l’attention qu’elle-même n’avait pas eus dans son enfance et que sa fille puisse vivre l’amour qu’elle avait pour elle au fond de son cœur. « Il s’agit de l’importance pour chacun d’avoir un sens de la dignité et de la valeur. J’ai besoin d’empêcher la Voix et les Peurs de faire obstacle à le lui montrer. Quelquefois cela pourrait signifier que je dois lui dire ‘non’, mais il s’agit non pas de lui nuire, plutôt de prendre soin d’elle et de vouloir qu’elle connaisse ce qu’est le respect. »

Il est important de garder à l’esprit que cette orientation ne consiste pas à voir les valeurs comme des entités morales ou des décrets culturels normatifs. Il s’agit plutôt d’un questionnement sur ce à quoi cette personne ou cette communauté donne de la valeur. Quelles compréhensions de la vie tiennent-elles pour précieuses ? Ceci laisse de l’espace pour des compréhensions culturelles locales sur ce que cette personne ou cette communauté valorisent, et de là nous pouvons alors faire avancer l’histoire de cette valorisation. Cela met aussi en lumière le sens de l’initiative de la personne ou de la communauté dans l’action de donner de la valeur à quelque chose, ou de tenir à un espoir, ou de vouloir quelque chose pour sa vie.

Histoire sociale et relationnelle de ce qui est "absent mais implicite"
Michael White insistait sur la « résurrection de la continuité d’un sentiment de soi à la place de la discontinuité » en lien avec le développement d’une riche histoire auparavant étouffée (3). Une fois que nous avons établi ce qui est valorisé, nous pouvons accompagner cette « résurrection de la continuité » du soi en faisant avancer l’histoire sociale et relationnelle de ce qui a de la valeur. Nous pouvons le faire à travers des conversations qui retracent l’histoire de l’action, de la connaissance, des compétences et des valeurs. Ces conversations peuvent commencer par demander :

- Où est-ce que ces buts se sont révélés auparavant dans votre vie ?
- Pouvez-vous me raconter une histoire concernant la façon dont vous avez acquis ces compétences, ces valeurs ?
- Avez-vous fait quelque chose de pareil auparavant ?
- Était-ce récemment ou il y a déjà un certain temps ?
- Est-ce que vous vous souvenez de ce qui était important pour vous à cette époque ?

Quand la thérapeute a demandé à Michelle s’il lui était arrivé d’émettre des protestations lorsqu’elle était enfant, il n’a pas fallu longtemps avant qu’elle identifie un certain nombre de façons où elle avait réagi aux habitudes peu secourables de sa famille d’accueil. Ses réponses par le silence en sont venues à être racontées comme des exemples supplémentaires de « protestation calme mais ferme » vis-à-vis des actes irrespectueux et semble-t-il sans attention de sa famille d’accueil. Des histoires de vie préférées peuvent être encore plus soutenues par des questionnements thérapeutiques qui font des liens avec des personnes de la vie passée ou présente, réelles ou fictives, qui partagent ou symbolisent, ou soutiennent des idées similaires sur ce qui est important dans la vie.

Les investigations qui relient des gens ensemble autour de ce qui est « absent mais implicite » peuvent encourager des individus à continuer d’agir d’une manière qui correspond avec ce qu’ils valorisent. Il existe de nombreuses pratiques narratives qui cherchent à soutenir de telles connexions, telles que les pratiques de re-groupement (Hedtke & Winslade, 2004; Russell & Carey, 2004; White, 2007), mais pour commencer on pourrait demander :

- Qui aurait pu savoir cela et aurait apprécié ce à quoi vous teniez en agissant comme vous l’avez fait à cette époque ?
- Pouvez-vous penser à d’autres gens que vous connaissez qui partagent votre opinion sur ce qui est important ici ?
- Est-ce que d’autres savent ce que vous défendez ? Que signifie pour eux la position que vous prenez ?
- Pouvez-vous me parler de ces gens ?
- Quelle différence cela fait-il dans votre vie de penser à ces gens ?

Michelle a été capable de présenter nombre d’exemples de personnes importantes dans sa vie avec qui elle avait senti un lien autour de la valorisation du respect et de l’attention. Un ouvrier de la ferme nommé Éric qui s’occupait des veaux a été identifié comme quelqu'un qui n’aurait pas été surpris d’entendre Michelle parler de l’importance du respect et de l’attention, car il avait été témoin des relations qu’elle avait avec les animaux de la ferme. Un autre personnage qui est venu se re-grouper dans le récit a été l’institutrice, Mme Anderson, qui avait invité Michelle à avoir une notion différente et préférée d’elle-même.

Relier les actions au-delà du temps et vers l’avenir
L’étape finale dans cette carte d’échafaudage de l’« absent mais implicite » est de relier l’histoire des actions et des expériences de la personne à travers la dimension temporelle. Ceci implique une notion de mouvement et contribue à une expérience d’initiative personnelle.

- Quel est le lien entre les protestations que vous avez faites enfant et ce que vous avez fait plus récemment ?
- Comment est-ce que cette histoire de « protestation calme mais ferme » constitue le socle des actions actuelles ?

Relier les actions à travers le temps sert à faire avancer la continuité des thèmes de l’histoire et éclaircit l’histoire de soi « absente mais implicite » dans la détresse ou la plainte de départ. La « fusion » du temps fournit aussi une base pour continuer le scénario en direction de l’avenir avec la personne qui a maintenant une expérience de « savoir ce qu’il faut faire ».

Michelle a été invitée à réfléchir sur ce qu’elle pourrait faire ensuite, en se fondant sur les compréhensions préférées d’elle-même qui avaient été développées. « Si vous deviez garder près de vous ces compréhensions sur la valeur que vous donnez au respect et à l’attention, et si vous croyez qu’il est important pour chacun d’avoir un sens de la dignité et de la valeur, quelles différences cela ferait-il ? Quelles pourraient être quelques-unes des prochaines étapes que vous allez franchir et qui seront en accord avec ce qui est important pour vous ? Étant au clair qu’il est important que Kimberly vive l’amour que vous lui portez au fond de votre cœur, qu’est-ce que cela rend possible en lien avec la Voix de jugement et les Peurs immobilisantes ? »

Michelle a réfléchi sur la manière dont sa re-connexion avec cette histoire de faire une action pour protester contre des injustices dans sa vie lui a donné un point de référence sur un « réel » accomplissement, effectué par elle, qui a augmenté sa détermination à continuer des actions de protestation comme adulte et à offrir à Kimberly l’opportunité de grandir en sachant qu’il est toujours juste de protester contre l’injustice. De plus, en retrouvant des exemples de protestation plus récents, Michelle s’est dit que ces protestations n’étaient plus silencieuses ; mais plutôt elles étaient dites et vues par d’autres personnes. Michelle prévoyait qu’à l’avenir cela rendrait possible de résister aux tentatives de la Voix de jugement d’avoir une influence loin d’être secourable sur sa façon d’être parent de Kimberly. Elle prévoyait que ceci lui ouvrirait un espace pour vivre plus pleinement l’amour de sa fille et qu’elle saurait mieux reconnaître et enrichir ses manières de donner à Kimberly l’amour, l’attention et le respect qu’il est si important que tout enfant ait.

Cette dernière catégorie de questionnement est importante, elle contribue à un sentiment d’initiative personnelle qui va continuer à être disponible à mesure que la personne avance dans la vie.


CONCLUSION
La compréhension de l’histoire de vie à double niveau dans l’expression de ce qui est problématique est une contribution pertinente de Michael White au questionnement thérapeutique. La notion de l’« absent mais implicite » offre un moyen pour identifier l’espoir dans la manière dont les gens s’expriment sur leur vie, y compris lorsqu’il existe un sentiment d’extrême désespoir. Comprendre que personne n’est complètement passif face aux circonstances qui les frappent, que les gens réagissent toujours à ce qui se produit et qu’ils sont actifs dans cette réaction, nous fournit un cadre où nous pouvons toujours trouver des chemins vers des histoires d’initiative personnelle par lesquelles les gens peuvent diriger leur vie.

Grâce à cette conception du travail thérapeutique, les possibilités deviennent infinies pour qu’émergent d’autres histoires que celles dominées par le problème. L’importance que Michael White a donnée à la présence permanente d’histoires qui se situent hors des contraintes et des jugements étroits de l’histoire du problème a toujours posé un repère dans l’exploration narrative. Cette carte en échafaudage de l’« absent mais implicite » fait franchir une étape supplémentaire en proposant une série de questionnements qui peuvent aider les gens à atteindre ces lieux où ils ont le sentiment d’être actifs dans leur vie. La préparation de cet article a fourni l’occasion non seulement de rendre hommage à la contribution de Michael White à la pratique thérapeutique, mais aussi de faire avancer la réflexion sur le développement de nouvelles idées et de nouvelles pratiques en harmonie avec les pratiques narratives.

Il nous tarde de continuer notre exploration, de la développer, d’enrichir, de partager ces idées avec des collègues et des praticiens intéressés et d’être tenues au courant des développements venant d’autres personnes engagées dans la pratique et la recherche thérapeutiques.

Nous espérons que cet article contribuera à la discussion et à la réflexion des pratiques narratives et qu’il continuera à y avoir des échanges suivis sur les manières dont d’autres développent les pratiques narratives. Avoir ce sentiment de la vitalité et du développement dans le travail fait honneur à l’inspiration et à la stimulation que Michael White a apportées au champ de la pratique thérapeutique.



NOTES
(1) Notes d’atelier, 2006. Petit groupe intensif avec Michael White, Adélaïde. La correspondance concernant cet article doit être envoyée à Maggie Carey, 11 Ayr Street, Bridgewater, SA 51255, Australie. E-mail: maggiecarey@internode.net.au

(2) Février 2006, Petit groupe intensif, Adélaïde, Australie du Sud ; Septembre 2006, Session intensive sur Répondre à la Violence, Adélaïde, Australie du Sud ; Septembre 2007, Répondre à un traumatisme, Adélaïde, Australie du Sud ; Février 2008, International Summer School of Narrative Practice, Adélaïde, Australie du Sud ; Mars 2008, Petit groupe intensif, Centre for Narrative Practice, Manchester, UK.

(3) Notes d’atelier, Février 2008, International Summer School of Narrative Practice, Adélaïde, Australie du Sud.


REFERENCES
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Dernière mise à jour de la page le 21/03/2017  | Haut de page | 840190 pages vues