7 : Jamais Complices du Pouvoir Moderne





Une dimension
éthique
et politique










Les praticiens narratifs s’inscrivent fortement dans le courant de pensée de Michel Foucault lorsqu’il décrit les mécanismes de contrôle social mis en place dans nos sociétés occidentales modernes et auxquels Michael White faisait référence sous le nom de « pouvoir moderne ».

Voici, en résumé, comment Michael White décrivait les idées de Michel Foucault :

Le pouvoir traditionnel, disparu avec les Lumières, se caractérisait par un système de jugement moral institutionnalisé, exercé par des représentants nommés par l’Etat et ses institutions. Il inculquait à chacun l’aspiration à être investi d’une valeur morale. Le siège du pouvoir se situait dans un endroit central défini. Implémenté du haut vers le bas, la plupart des gens en étaient exclus et s’y soumettaient. Il agissait en opprimant et utilisait une ingénierie de pouvoir manifeste, des symboles d’influence, des mécanismes de surveillance et des structures de maintien de l’ordre.

Passant de la morale à la norme et du contrôle extériorisé au contrôle intériorisé, le pouvoir moderne se caractérise par un système de jugement normatif, exercé par les individus qui, ayant intériorisé la norme, évaluent leur vie et celle des autres. Il se déplace le long de circuits d’alliances et inculque à chacun l’aspiration à être investi d’une valeur normative. Les individus y participent en façonnant leur propre vie et celle des autres en fonction des normes construites par la culture contemporaine. Il agit en embrigadant les individus dans la surveillance et le maintien de l’ordre dans leur propre vie et dans celle des autres. Il utilise une ingénierie de pouvoir caractérisée par des continuums normalité/anormalité, des tableaux de performance, des échelles de mesure, des formules de classement, typologies, nosographies…

Les praticiens narratifs dénoncent les mécanismes de contrôle social du pouvoir moderne qui isolent les individus les uns des autres, les conduisent à intérioriser une norme véhiculée par la culture, à s’y comparer, inconsciemment, comme à un étalon de référence et à rendre leur vie insipide et douloureuse, à l’appauvrir, à en ignorer toute initiative personnelle originale. Bref, à tuer la minorité que représente tout un chacun, pour aller se perdre, seul, dans une majorité inexistante. Gilles Deleuze (15) nous avait avertis :

« La majorité c’est l’homme, adulte, mâle, citoyen des villes. C’est celui qui, à tel moment, réalisera cet étalon. La majorité ce n’est jamais personne, c’est un étalon vide […] Les femmes ont un devenir de femmes, alors que les hommes n’ont pas de devenir, ils sont […] La majorité c’est personne. La minorité c’est tout le monde. Et c’est là qu’il y a un devenir »


Les praticiens narratifs refusent de contribuer à éradiquer l’unicité des personnes qui viennent les consulter, au contraire, ils s’attachent à les aider à quitter la banalité familière des vérités normatives généralisantes, à renouer avec leur minorité et à reconstruire des vies exotiques, uniques et préférées, des vies où il y a du devenir. Ce qui demande une grande vigilance car les praticiens narratifs, eux aussi, sont issus de la culture contemporaine normative.

(Suite...)


NOTE
(15) Deleuze, G. (1988), Abécédaire, film de Pierre-André Boutang ; 2004 DVD, Editions du Montparnasse.

Dernière mise à jour de la page le 19/08/2016  | Haut de page | 893771 pages vues