6 : L'Echafaudage comme Méthodologie d'Intervention



Un concept issu
de la théorie
de l’apprentissage











Ces cartes sont des échafaudages. Si la vie des gens était un immeuble on pourrait dire que, lorsqu’ils viennent en consultation, ils sont coincés dans une pièce, ils n’ont pas d’escalier ni d’ascenseur pour accéder aux autres étages. Il faut alors construire des échafaudages pour bâtir des escaliers et des ascenseurs. Quand ceux-ci sont construits, alors on peut retirer les échafaudages et les gens demeurent libres de leurs mouvements.

Michael White a tiré ce concept d’échafaudage des travaux de deux pédagogues : Lev Vygotski (la zone de proche développement) et Jerome Bruner (l’étayage de la conscience).

Lev Vygotski, dans ses travaux sur l’apprentissage des enfants, a posé que nous possèderions tous une « aptitude à aller au-delà » et il a appelé cette hypothèse la « Zone de Proche Développement », c’est-à-dire que :

"La zone de proche développement est la distance qui sépare le niveau de développement réel, que l’on détermine par la résolution indépendante de problème, et le niveau de développement potentiel, où cette résolution de problème est guidée par un adulte, ou réalisée en collaboration avec des pairs plus capables… C’est ainsi que la zone de proche développement nous permet de proposer une nouvelle formule : le seul « bon apprentissage » est celui qui est en avance sur le développement". (14)

Jérôme Bruner, lui, s’est interrogé sur la manière dont le tuteur (adulte, pair plus capable, etc.) amène l’enfant à la conscience et a conclu qu’il fournit un étayage permettant à l’apprenant de conceptualiser, de développer une pensée abstraite.

Michael White a alors modélisé cet étayage et forgé le concept d’« échafaudage ». L’échafaudage a pour vocation d’amener une personne à franchir, pas à pas, les espaces entre le territoire de ce qui lui est « familier et connu » (son expérience, le monde de l’action) et le territoire de ce qu’il lui est « possible de savoir » (le sens qu’il peut donner, le monde de la conscience). Cet échafaudage se déploie en cinq points :

Bas niveau de distanciation
Le praticien invite le narrateur à décrire l’événement/l’expérience spécifique en ses propres termes, à en donner une définition la plus proche possible de l’expérience et à le caractériser en lui donnant un nom.

La verbalisation est le premier niveau d’abstraction par rapport à l’expérience. C’est pourquoi ce niveau est qualifié de « bas » niveau de distanciation.

Moyen niveau de distanciation
Le praticien encourage le narrateur à faire des liens entre l’événement/l’expérience spécifique et d’autres événements/expériences de sa vie. Il permet ainsi le développement de chaines d’association et l’établissement de liens et de relations entre des événements jusque là distincts et non-reliés.

Cette mise en relation de l’événement avec d’autres permet de créer une distance supplémentaire par rapport à l’événement et préfigure la possibilité de « réfléchir à propos de ».

Moyen-haut niveau de distanciation
Le praticien demande au narrateur de réfléchir à ces liens et chaînes d’association et d’en tirer des conclusions, des découvertes, des interprétations, des apprentissages, des prises de conscience, toujours en lien avec l’événement/l’expérience spécifique.

Cette réflexion dans laquelle le narrateur est guidé le fait entrer dans le monde abstrait de ses valeurs, de ses préférences, de ce qui est précieux pour lui. La distance d’avec l’expérience commence à être grande.

Haut niveau de distanciation
Le praticien amène le narrateur à abstraire ces prises de conscience de leur contexte spécifique et de leurs circonstances concrètes, de façon à forger des concepts concernant la vie et l’identité.

Le narrateur, à ce stade, est bien loin de l’expérience. Son niveau d’abstraction est élevé. Sa prise de position par rapport à son identité et à sa vie est libérée de l’expérience de départ.

Très haut niveau de distanciation
Le praticien permet au narrateur de prévoir le résultat d’actions spécifiques qu’il pourrait mettre en œuvre en se basant sur le développement des concepts mis à jour à l’étape précédente.

La distance d’avec l’événement/l’expérience de départ est maximale. L’événement a été totalement « abstrait » au point que le narrateur est libre d’anticiper de nouvelles façons de faire. Il se ré-inscrit ainsi dans la dynamique de la vie, aligné dans son identité préférée. Il a fait un « bon apprentissage ».

(Suite...)

NOTE
(14) Vygotski, L , Mind in society cité par Bruner, J. (2000), Culture et Modes de Pensée, Editions Retz

Dernière mise à jour de la page le 19/08/2016  | Haut de page | 893783 pages vues