3 : Les Narrations Problématiques



Une compréhension
des problèmes et de leurs effets
dans la vie des gens
comme le produit d’une relation
de domination culturelle




Habituellement, lorsque les gens viennent consulter, c’est qu’ils expérimentent une difficulté dans leur vie, personnelle ou professionnelle. Ils racontent des événements et partagent avec le praticien le sens qu’ils leur donnent. Ce sens, c’est le thème de leur histoire dominante, imprégnée à saturation par le problème et dans laquelle ils sont englués. Ce peut être l’incapacité à s’organiser, la procrastination, le manque de confiance en soi, la difficulté à prendre sa place, la fuite devant les conflits…

Pour raconter leur histoire, les narrateurs en consultation sélectionnent certains événements du présent et du passé qui « collent » au thème et négligent bien souvent les événements qui ne le corroborent pas. Toutes les complexités, les ambiguïtés et les contradictions d’une situation particulière sont écartées, simplifiées, pour ne laisser qu’une histoire globalisatrice, mono-vocale et très réductrice, à partir de laquelle ils ne peuvent que tirer des conclusions négatives sur eux-mêmes. Ils sont sous l’emprise d’un « problème » et, n’ayant pas trouvé les moyens d’y faire face, sont en plus confrontés à la notion d’échec. Bien entendu, ces conclusions simplificatrices empêchent tout autre genre de conclusion. Il arrive aussi que ces conclusions soient soufflées par d’autres protagonistes qui imposent leurs vérités normatives : personne d’importance (parent, professeur, hiérarchique, etc.) ou culture du lieu (famille, école, entreprise, et autres lieux d’appartenance).

Les conclusions identitaires négatives finissent par exprimer une sorte de « vérité » qui envahit la vie du narrateur. Il lui devient alors facile, à chaque péripétie, d’alimenter son histoire dominante (« j’ai encore été nul lors ma présentation, de toutes façons, je suis timide »). L’influence de cette histoire dominante s’accroit alors et il devient de plus en plus difficile au narrateur devenu dramaturge de remarquer les fois où il n’a pas été timide, peureux, incapable de s’organiser ou paresseux. Les conclusions globalisatrices, en simplifiant la complexité de l’expérience, amenuisent aussi la perception des compétences, des savoirs, des capacités.

Pourtant, les gens réagissent toujours. Et ce sont ces réactions, occultées dans le stock d’expériences vécues non racontées, amorphes, sans organisation ni forme, qui constituent la base d’autres histoires non explorées, les histoires de remplacement, les alternatives de demain. Nous trouvons ici l’idée non-structuraliste d’une vie à multi-niveaux. En restituant la complexité de l’expérience, sa richesse, en dé-construisant la simplification, il devient possible d’étoffer d’autres histoires revitalisantes, de laisser de côté l’histoire dominante, qui peut alors perdre de sa prégnance au profit d’une histoire préférée.

(Suite...)

Dernière mise à jour de la page le 19/08/2016  | Haut de page | 851932 pages vues