Les Pratiques Narratives appliquées aux GROUPES


Une histoire de positionnement


Il y a pléthore d’appellations pour rendre compte de la diversité des pratiques d’accompagnement collectif. Que recouvre chacun de ces modes d’intervention ? Leurs frontières sont-elles clairement définies ? Quelles réponses donner à son client qui légitimement veut savoir dans quoi il engage son groupe ou son équipe ?

Et si, pour trouver un début de réponse, nous nous mettions à la place du coach qui lui se demande tout aussi pragmatiquement :
- Comment vais-je créer le contexte et les conditions optimales à l’atteinte de l’objectif que nous avons formulé ensemble ?
- Comment vais-je naviguer le plus efficacement possible dans la dynamique et la complexité du groupe que je vais accompagner ?

Pour ce qui est de la première question,
ma pratique m’a conduit à croire que le soin apporté à la co-construction, avec son client, du processus d’intervention est essentielle pour la réussite d’un accompagnement collectif. Ceux que nous accompagnons savent ce qu’ils ont réussi, ce qui a marché et ce qui n’a pas marché. Et ils ont aussi quelques idées sur ce qui pourrait réussir à l’avenir !
Positionner son client en expert, le consulter sur ses expériences dans une démarche collaborative permet de construire avec lui une ingénierie d’accompagnement qui portera en elle les germes de la réussite.

Répondre à la seconde question
nécessite d’avoir une conscience claire de son propre positionnement tout au long de l’animation du processus d’accompagnement.
J’ai personnellement besoin, à tout moment, de pouvoir me situer dans le flux de la relation que j’entretiens avec le groupe. Je dois pour cela pouvoir nommer mon positionnement et l’évaluer afin de savoir s’il est celui qui permet au groupe de progresser au mieux vers son objectif.
Je l’ai longtemps fait de manière intuitive. Une intuition basée sur le ressenti de l’efficacité de ma relation avec le groupe. Un ressenti riche et complexe qui peut se résumer en termes très réducteurs de fluidité et de résistance. Un ressenti qui variait très concrètement selon ma position dans l’espace par rapport au groupe, selon mon agilité à m’adapter à sa dynamique, selon le pouvoir d’interagir laissé à un ou plusieurs de ses membres, selon ma capacité à organiser, à structurer ces interactions et à positionner certains membres en témoins extérieurs.

C’est en 2004 qu’un séminaire de Michael White, fondateur des pratiques Narratives*, m’a permis de mettre des mots sur cette recherche constante et difficile d’un positionnement fluide et efficace. Pour Michael White, l’intention du praticien doit être celle de prendre un positionnement « décentré et influent » dans ses conversations avec les personnes en consultation.

De la même manière l’intention du coach, lors de l’accompagnement d’un groupe, doit être d’occuper une position décentrée et influente. Voir ci-dessous les différentes possibilités proposées par Michael White :

Décentré et influent
Positionnement potentiellement vivifiant pour le coach

Centré et influent
Positionnement potentiellement accablant pour le coach

Décentré et non influent
Positionnement potentiellement invalidant pour le coach

Centré et Non-Influent
Positionnement potentiellement épuisant pour le coach

Etre « décentré » ne diminue en rien l’intensité de l’engagement du coach envers le groupe et chacun de ses membres. Etre décentré, en tant que coach, c’est savoir mettre en valeur les expériences du groupe et de chacun de ses membres pour accorder la priorité à l’émergence des connaissances et des compétences issues de ces expériences.

Etre « influent » ce n’est pas imposer une vision ou des thèmes de réflexion. Etre influent, en tant que coach, c’est s’appuyer sur une ingénierie d’intervention ciselée, maîtrisée et engager le groupe sur un chemin de questionnements et d’interactions avec pour seule ambition d’amplifier ses compétences collectives et de le faire progresser pas à pas vers son objectif.

A la manière de Michael White, accompagner un collectif, un groupe, une équipe, c’est être présent à son positionnement à tout instant en se posant 3 questions :
- Suis-je influent ou non ?
- Suis-je décentré ou non ?
- Est-ce pertinent à cet instant pour ce que je veux faire avec le groupe ?

N’est-ce pas l’essence même de l’accompagnement ?
N’est-ce pas vivifiant pour le groupe comme pour le praticien ?


Pierre Brémond (2)

Notes
(1) Michael White – Formations Médiat-Coaching : les pratiques narratives – Juillet 2004, juillet 2005 & Juin 2006. 
Une formation aux bases des Pratiques Narratives se déroule deux fois par an. Pour plus d'informations : connexions@pratiquesnarratives.com
(2) Pierre Brémond, Fabrice Micheau et Isabelle Laplante animent la « formation au coaching de groupes » inspirée des démarches collaboratives (pratiques narratives, Orientation Solutions) et de la 2ème Systémique.


Pour contacter l'auteur vous pouvez lui écrire à : pierrebremond@aliactis.com

Dernière mise à jour de la page le 18/03/2009  | Haut de page | 87341 pages vues